Jean-Luc et Thuy Hascoët, l’apiculture pour passion

Voilà plusieurs saisons que nous avons le plaisir de travailler avec les apiculteurs  Jean-Luc et Thuy Hascoët. C'est à Cast, dans notre belle campagne Bretonne,  qu'ils exercent leur activité et récoltent leurs délicieux miel aux notes de sarrasin, de châtaignier, de bruyère ou de ronce. Un parcours atypique pour ce couple passionné qui nous présentent  aujourd'hui leur activité.

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Bonjour Jean-Luc, pouvez vous présenter ? Depuis combien de temps êtes vous apiculteur? Quelle est l'origine de cette passion ?

"Depuis 2008, je partage mon temps entre mon métier de chauffeur routier et ma passion, l'apiculture. Grand voyageur et lecteur insatiable, mes débuts dans cette activité sont quelque peu atypiques. Tout a commencé alors que mon grand-père faisait son cidre. J'avais pour habitude de lui donner un coup de main. Une année, dans l'idée d'améliorer le rendement des pommiers par une meilleure pollinisation de ceux-ci , j'ai commencé par acheter deux ruches, pour essayer . Je n'avais alors aucune formation particulière en apiculture, mais j'étais vraiment attiré par cette activité. J'ai commencé par de simples lectures sur le sujet et je me suis lancé ! Les premiers essais ne furent pas très concluants... C'est en 1999 que j'ai commencé à suivre l'enseignement d'Hervé Péron, au lycée agricole du Nivot. C'est d'ailleurs par là que j'aurais du commencer... Cette école m'a donné les bases fondamentales de l'apiculture (les bons gestes à adopter, comment détecter les problèmes etc...).
Peu à peu, j'ai consacré mon temps libre à l'apprentissage de ce qui allait devenir ma passion. Je me suis peu à peu perfectionné dans l'élevage des reines et du greffage. Mes débuts en tant qu'apiculteur m'ont donné l'occasion de rencontrer les membres de l'association abeille noire. Je me suis rapidement intéressé à cette variété. Le président et le vice-président s'occupaient de l'élevage  et ressentaient le besoin d'être secondé quelque peu. Je me suis donc porté volontaire. Ce fut le début d'une période passionnante."

 

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L'abeille noire.
Vous avez contribué au maintien de l'abeille noire sur l'île d'Ouessant. Pouvez-vous nous expliquer comment ?

"C'est assez naturellement que je me suis intéressé à l'abeille noire, mais j'ai dû faire mes preuves avant de participer à ce projet. Ceux qui s'intéressaient à l'abeille noire étaient tous des anciens. J'étais le seul jeune, mais lorsqu'ils ont vu que j'étais bosseur et motivé , alors ils m'ont accordé leur confiance. C'est en 2004 que je deviens membre du conseil d'administration de l'association Abeille noire bretonne. En 2007, je me rends à Ouessant à plusieurs reprises afin de surveiller le cycle de naissance des reines. C'est en 2008 que le Conservatoire de l'abeille noire cherche à recruter un apiculteur. Je propose ma candidature... et je suis aussitôt embauché. Durant 3 ans j'ai partagé mon métier de routier les 6 mois de l'hiver avec celui d'apiculteur, à Ouessant, les 6 autres mois. Une période éprouvante mais très gratifiante. Les deux dernières années, j'y étais salarié à plein temps.
En effectuant quatre greffes toutes les trois semaines, nous avons fait, de la vente des reines et des essaims une nouvelle source de revenus pour l'association (15 à 20 % du chiffre d'affaire). De plus, la diffusion de l'écotype de l'abeille noire est une très bonne initiative pour la survie et le renouveau de l'espèce. Ouessant est devenu aujourd'hui un pôle important pour la préservation de l'espèce. Ce travail permet de témoigner que lorsque l'environnement est sain, l'abeille se porte bien. Les reines y vivent plus longtemps et les mâles sont plus performants. Ouessant, cet écrin de nature au milieu des flots est un des rares endroits du vieux continent où nos abeilles peuvent vivre sans se faire agresser".

 

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Est ce que la production de miel varie d'une saison à l'autre, comment se déroule cette production?

"Oui, c'est très variable d'une année à l'autre. Si il fait très beau en Février et mars, la première miellée peut-être très abondante. Au contraire, si le printemps est froid, l'abeille ne sortira pas de la ruche, la fleur sera présente mais elle ne produira pas de nectar, si il pleut la fleur sera lavée par la pluie.
En début de saison, nous avons le miel de printemps, souvent issu du Colza. Si, grâce à un bon début de saison, la colonie est déjà bien développée,  la récolte de colza sera très bonne et on pourra créer de nouvelles colonies. Cette miellée est très intéressante surtout pour multiplier notre cheptel. A la même période, les abeilles iront sur l'aubépine et le prunelier.
Le mois de juin est marqué par l'importante miellée issue de la ronce et du châtaignier, ce qui représente au moins 60% de notre production."

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Qu'en est-il du sarrasin Jean-Luc ?

"Le sarrasin est planté en Bretagne en général au début du mois du Juin. C'est une plante qui pousse très vite. Je mets mes ruches sur les champs de sarrasin 8 jours avant le début de la floraison, le temps que les abeilles s'adaptent au secteur. La miellée a lieu en général fin juin, début juillet.
Certains apiculteurs proposent uniquement des miels toutes fleurs tout au long de l'année. Moi, je récolte chaque miellée distinctement."

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Aujourd'hui, combien de miellées proposez-vous?

"Cela dépend des années, mais, en règle général je propose le miel de printemps, le miel de ronce (pur si je peux), le miel ronce-châtaignier, le bruyère, selon les années (cette année, il a fait trop sec je n'ai pu en produire que très peu). J'ai également un autre rucher situé sur un verger bio sur lequel il y a également du châtaignier et du sarrasin."

Cette année il a fait très beau en Bretagne, une bonne année pour les apiculteurs ?

"Nous avons eu en effet une très bonne saison et nous avons augmenté notre cheptel cette année. Vive la Bretagne"

Y a t'-il des favoris parmi les miels que vous proposez ?

" Tous les goûts sont dans la nature. Il y a des clients pour chacun de mes miels. Certains ne veulent que des miels de printemps, très blancs, d'autres apprécient les miels plus soutenus en goût comme le sarrasin et le châtaignier."

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On parle d'une véritable hécatombe qui aurait frappé les ruchers ces vingt dernières années. Comment l'expliquez-vous? La Bretagne est-elle plus préservée?
" Il y a plusieurs facteurs. Le varroa en est la cause principale. C'est un acarien parasite de l'abeille adulte qui se nourrit également des larves et des nymphes. Ce parasite provoque des pertes économiques considérables en apiculture et il est une des causes de la diminution du nombre d'abeilles. Ayant colonisé toutes les zones où apis mellifera (abeille domestique) est présente, la varroose est désormais un problème d'ordre mondial. A Ouessant, ce parasite n'est pas présent. Ce facteur est intéressant pour les scientifiques qui tentent de créer un nouveau traitement pour lutter contre ce parasite. A l'époque, lorsque j'étais à Ouessant, je travaillais avec différents instituts publics et privés ainsi qu'à l'école veterinaire de Nantes. Je leur fournissais des colonies indemnes pour qu'ils puissent valider des médicaments possibles. Néanmoins, très peu de moyens sont accordés en apiculture et les recherches avancent très lentement. Voilà plus de 20 ans que le varroa est arrivé en Europe et, à ce jour, aucun traitement efficace à 100% n'a encore été trouvé. Les traitements ne sont efficaces qu'à 98%, au mieux, selon les molécules utilisées et plus le temps passe et plus les abeilles développent une résistance à ces derniers. La Bretagne de façon générale n'est pas plus préservée mais l'île d'Ouessant reste un sanctuaire.
Par ailleurs, depuis 14 ans, en agriculture, l'utilisation d'une nouvelle génération d'insecticides (les néonicotinoïdes)  a provoqué la destruction massive des colonies (les néonicotinoïdes sont des neurotoxiques qui provoquent les mêmes effets  sur l'abeille que la maladie d'Alzeihmer sur  l'humain. Chez les abeilles, les effets sont immédiats,  dés le butinage de la fleur infestée (colza ou tournesol) d'où un non-retour à la ruche et donc  des ruches qui se vident peu à peu . Le temps que les associations d'apiculture se fassent entendre et que certains insecticides soient interdits (4 ans pour le Gaucho par exemple), les pertes d'abeilles sont considérables. Sans compter que les grosses firmes qui les fabriquent ont eu le temps de créer d'autres insecticides toujours plus puissants et nocifs pour les abeilles mais aussi pour les humains car utilisés de façon massive dans  l'agriculture intensive . Un phénomène qui impacte ainsi dans toute la chaîne de notre alimentation."

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Quelle est l'importance des abeilles dans notre environnement?

"Tout dépend de quel "côté" on se positionne. Certains agriculteurs disent qu'on a pas besoin des abeilles puisque la plupart de leurs plantes sont anémophiles (pour rappel, il s'agit d'un processus où les gamètes mâles et femelles se rencontrent transportés par le vent,  ce qui permet leur reproduction) mais on sait très bien que les abeilles ont un rôle primordial dans la pollinisation nécessaire à la reproduction des plantes. Les abeilles pollinisent 80 % des plantes à fleurs du monde garantissant ainsi la survie de nombreuses espèces végétales. Les insectes pollinisateurs favorisent le développement en quantité et en qualité des fruits et des graines produites par nos plantes et nos arbres. La conservation d'un équilibre entre nos insectes est donc primordiale.

Avez-vous de relations avec les apiculteurs étrangers ?

"Lorsque je travaillais à Ouessant j'ai rencontré des apiculteurs venus de l'étranger. J'ai reçu ainsi  la visite d'un apiculteur de l'île de Chypre. J'ai eu l'occasion d'aller lui rendre visite pendant 15 jours. Les différentes méthodes de travail des autres sont toujours intéressantes à découvrir. En apiculture, on apprend toujours beaucoup. Mon épouse est Vietnamienne. Mon séjour au Vietnam m'a permis de découvrir les différentes méthodes pratiquées (les types d'abeilles, de miel,  etc...). J'ai toujours de bonnes relations avec l'école vétérinaire de Nantes, ce qui me permet de faire aussi des rencontres intéressantes.
Enfin, j'ai des amis qui me ramènent de leurs voyages différents types de miels qu'il est toujours intéressant de goûter, de comparer. Le petit dernier date de la semaine dernière, un délicieux miel de Guadeloupe."

Vous retrouverez les délicieux miels de Jean-Luc et Thuy Hascoët dans notre atelier, 5 route du Letty, 29950 Bénodet ou sur notre site, ici.

 

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